Petite histoire des activités industrielles autour de l'eau à Uzerche


La ville d'Uzerche est contournée par la Vézère, faisant d'elle un site d'éperon barré, occupé dès l'époque gauloise.

Ici, l'eau est présente partout ; elle baigne les berges de la ville, très animées il y a un peu moins de 300 ans.

L'utilisation de l'eau a permis un développement économique important grâce à l'installation de moulins, de tanneries, de carderies et de papeteries, du XVIIIème au XXème siècle.

L'état des fonds (*) de 1753 signale 2 moulins à grains à Uzerche : le moulin de Sauvageat et le moulin du Receveur ; ainsi qu'un moulin à battre le chanvre, la maillerie du Roudet.

Le moulin de Sauvageat (ou moulin du Pont), détruit au XXème siècle pour construire le quai Julien Grimaud rive gauche de la Vézère, était un moulin à 5 roues (froment, seigle, blé noir). Au XIXème siècle, il était utilisé pour moudre les écorces de chênes, d'où on extrayait le tan utilisé par les tanneries.

Le moulin du Receveur (actuelle Base de Loisirs de la Minoterie) possédait 3 roues (froment, seigle, blé noir) et une à huile. Dès 1535, il fabriquait aussi du papier. Vers 1936, le moulin a cessé de fonctionner, mais la chute d'eau a été utilisée (jusqu'en 1960) pour produire de l'électricité grâce à une turbine, pour la papeterie Royères.

La minoterie
La minoterie en l'an 2000, après sa rénovation en centre touristique

Les meuniers des moulins allaient eux-mêmes chercher les grains à moudre. La maillerie du Roudet (disparue, à l'emplacement de l'actuelle papeterie SMURFIT) assouplissait les draps de gros chanvre ou métis que l'on battait avec des maillets en bois.

Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, Uzerche vit de l'administration, de l'agriculture, de l'artisanat et du négoce. Les artisans (maîtres et compagnons) représentent presque la moitié de la population. Deux secteurs d'activité dominent : le textile (tailleurs, chapeliers, tisserands, peigneurs ou cardeurs de laine ou chanvre, teinturiers ... ) et le bâtiment (maçons, charpentiers, couvreurs, paveurs ... ).

Les métiers du cuir vont se développer considérablement avec l'installation de tanneries le long de la Vézère. La famille LAPORTE, est à l'origine de ce développement économique. Ils sont propriétaires de la majorité des tanneries de la ville, et tanneurs de père en fils. La "maison-mère" est créée dans les années 1760 et l'on a pu identifier au moins 8 bâtiments ayant appartenu à cette famille. Le Limousin étant une région d'élevage (ovin et bovin), la matière première (peaux brutes) était achetée directement aux bouchers. Un couvert forestier important permettait aussi d'acheter les écorces de chênes (moulues, c'est le tan qui donne son bel aspect au cuir). Ce tan était moulu au moulin banal (**). Le cuir tanné était vendu directement aux cordonniers de la région. A partir des années 1920, les LAPORTE ont dû investir dans des machines (corroyage et battage) pour rendre ce cuir utilisable et pouvoir vendre un produit prêt à l'emploi. Les tanneries LAPORTE fournissaient en cuir à semelles l'Intendance militaire, les sabotiers pour le cuir verni, les fabricants de chaussures, les bourreliers pour le cuir à harnachement. Les tanneries ont du arrêter leur travail dans les années 1960, faute de débouchés.

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, Uzerche voit construire sur la Vézère une carderie en 1852 et une papeterie en 1858.

La carderie est créée en amont d'Uzerche par Sébastien MONJAUZE, ouvrier teinturier à Vigeois. Il y installe en 1871 une roue hydraulique pour actionner le foulon destiné à traiter les draps après tissage. Plus tard, dans les années 1920, la roue sera remplacée par une turbine. La carderie traitait la laine brute, jusqu'à sa transformation en fil de laine de couleur, avec même un atelier de tricotage dans les années 1950.

La papeterie Sainte-Geneviève, située à l'emplacement de l'actuelle cartonnerie SMURFIT, est créée en 1858 par Mr SAUVAGE D'EYPARSAC, alors propriétaire du moulin du Receveur (d'où l'installation de la turbine dans ce moulin pour la production d'électricité de la papeterie). A la fin du XIXème siècle, Mr L. ROYERES prend sa suite. L'usine devient plus tard la Société des Usines Royères, filiale de la Compagnie Générale des papiers et emballages en cartons ondulés. En 1936, cette papeterie employait 117 ouvriers. A partir de 1860, marchands et industriels composent la majorité des citoyens les plus imposés. Le développement industriel étant amorcé, Uzerche, à la veille de la 2nde Guerre Mondiale est au 5ème rang des villes industrielles dans le département.

 

(*) état des fonds : l'état général des fonds est un document réalisé au XVIIIème siècle ; il s'agit du relevé d'arpentement d'une paroisse par hameaux. Il mentionne le nom et la superficie de la parcelle, le nom et parfois le statut de son propriétaire.

(**) banal : qui se réfère au droit de ban, droit seigneurial assurant un pouvoir judiciaire et économique. Des droits de ban étaient payés au seigneur pour l'usage obligatoire du moulin.

 

Texte de Corinne MICHEL du Centre Régional de Documentation
sur l'Archéologie du Paysage à Uzerche.

 

 

Vestiges autour d'Uzerche dans les années 2010 : quelques photos et commentaires

Le promeneur à pied ou en canoë, pourra voir des vestiges de ces activités qui ont occupé bien des gens en bord de Vézère dans un passé plus ou moins lointain.

En descendant la Vézère, le promeneur trouvera :


La cardrerie en bord de vézèreLa carderie, en amont d'Uzerche, ne fonctionne évidemment plus, mais des machines rouillent encore dans certaines parties des bâtiments.

On voit ici le canal qui amenait l'eau, pour, dans l'utilisation la plus récente, faire tourner une turbine qui produisait l'électricité alimentant les machines.

Cette photo est prise depuis le viaduc de l'ancienne voie ferrée du POC, sur laquelle passe maintenant le sentier de Grande Randonnée GR46.

 

la minoterieLa minoterie a été transformée en centre d'hébergement et de loisirs.

 

 

 

 


La tannerieEn amont du Pont Turgot, rive droite et au pied de l'ancienne voie ferrée du POC, ce bâtiment est l'ancienne tannerie de Jules LAPORTE, reconvertie pendant un temps en pressing-teinturerie. Le grenier à claire-voie, où séchaient les peaux, est caractéristique.

 

 

une tannerieRive gauche peu après le pont Turgot, dans le quartier des Barrys (qui s'appela aussi quartier "d'au-delà du pont"), une autre tannerie tombe en ruine.

Dans d'autres bâtiments derrière celui-ci, il reste encore d'anciennes cuves, et d'autres outils des tanneurs.

L'ensemble devrait être restauré et valorisé, on l'espère dans un proche avenir.

 

papeterie uzercheLa papeterie d'Uzerche a cessé de fonctionner mi 2006, victime comme tant d'autres entreprises françaises de la désindustralisation.

 

L'eau de la Vézère est plus claire, mais c'est une piètre consolation pour ceux qui se sont retrouvés au chômage.

 

Combien de métiers, de savoir-faire, disparaîtront encore sur l'autel de la mondialisation ?

 

escalierlavoirUn long escalier descend depuis la place Marie Colein, en prenant à droite du bar Le PMU, jusqu'à un lavoir. L'escalier est ponctué de crochets qui servaient aux lavandières à poser leur lourd fardeau de linge durant la remontée. Elles portaient leur linge sur leurs épaules, aux extrémités de longs bâtons de bois.

Les machines à laver le linge ne se sont répandues dans nos campagnes qu'au début des années 1960. Ce n'est pas si ancien, mais il nous est bien difficile aujourd'hui d'imaginer la corvée des femmes qui allaient à la rivière laver le linge familial.